Ne pas se faire le complice d’une facipulation !

Certaines missions de facilitation sont tentantes. Toutefois, bien situer son intervention dans le contexte stratégique de l’entreprise cliente est essentiel : on évite ainsi de se faire l’éventuel complice d’une facipulation (une manipulation utilisant la facilitation).
Ces réflexions me sont revenues à l’esprit face au soutien massif qui s’organise pour permettre au Crédit Mutuel Arkéa de rester une banque coopérative et mutualiste indépendante. Tentant de sortir du giron de la Confédération nationale de la banque mutualiste, elle est aujourd’hui victime d’une tentative d’OPA hostile de la part du groupe Crédit mutuel-CM11 alors que personne n’a été consulté, bien entendu.

Le rapport de force ne mène qu’à une résistance au changement
Pourquoi faire le lien avec la facilitation ? Parce qu’une fois encore, une décision stratégique brutale (l’OPA), issue du seul rapport de force sans concertation des parties prenantes (salariés, clients…) risque de mener à une impasse managériale : l’opération, qui aura démobilisé l’essentiel des équipes, se soldera par une éviction évidente des dirigeants, qui n’ont pourtant pas à rougir de leurs résultats et sont appréciés des équipes et in fine par une forte résistance au changement de la part des salariés. Résultat prévisible : une chute de la qualité du travail, qui peut menacer à moyen et long terme la santé de l’établissement.
De façon assez classique, la reprise en main consistera entre autres à faire appel à des cabinets de conseils en management, en changement et éventuellement à des facilitateurs que l’on chargera de remettre la structure en état de marche et de remobiliser les équipes.

La facilitation ne peut pas servir de faux-nez
Accepter à ce moment-là d’animer, en tant que facilitateur, des ateliers ou des réunions « collaboratives » équivaut à se faire le complice d’une nouvelle direction qui ne cherche qu’à faire avaler une pilule amère au personnel. Son avis n’a pas été sollicité. Son engagement a été brisé et sa confiance trompée. Tout atelier organisé à ce stade-là sous le faux-nez de la facilitation consistera en réalité à susciter une vaste opération de « vidage de sac », à laquelle un facilitateur digne de ce nom ne peut participer sans trahir la déontologie de la profession.


Si toutefois l’OPA ne se faisait pas, il y a fort à parier qu’Arkéa serait alors dopée par l’énergie collective (voir le site de mobilisation : l’avis de tempête) !liée au soutien dont elle a bénéficié et à la mobilisation qu’elle a suscitée. L’intervention d’un facilitateur ne peut dans ce cas que surfer sur une vague favorable pour mener l’embarcation – l’établissement – à bon port en faisant émerger un nouveau projet collectif. C’est évidement tout ce que l’on souhaite à Arkea.

Viser un impact durable et pérenne sur l’organisation
Plus largement, et ce cas d’école le montre bien, si l’on veut avoir un impact durable et pérenne sur une organisation, il est essentiel de resituer son action en tant que facilitateur dans son contexte stratégique. Il est essentiel de choisir entre transparence et ouverture ou rapport de force et fermeture et ne pas se faire le complice d’une reprise en main qui n’a aucune chance de susciter l’adhésion des principaux acteurs : les équipes.

 

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Une Réponse à Ne pas se faire le complice d’une facipulation !

  1. Buscadero dit :

    Merci pour ce témoignage.

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