Faciliter dans un contexte multiculturel

Faciliter dans un contexte multiculturel, tel était le thème de la Conférence de l’Association Internationale des Facilitateurs (IAF) 2012 à Genève.

 

La question des leviers et difficultés a été traitée sous différents aspects, que résume assez bien cette synthèse graphique du world café de clôture de la conférence.

 

Au sein de plusieurs des 21 ateliers, nous avons touché une dimension qui me semble essentielle : la conscience qu’a le facilitateur de ce qui se passe en lui et de son impact sur le groupe.

 

Au moins 3 dangers guettent le facilitateur lorsqu’il intervient dans un contexte de grande diversité culturelle :

 

1. Une inégalité de traitement par le facilitateur des différents groupes culturels.

Par exemple, avec un groupe composé de Chinois et diverses nationalités européennes, le facilitateur européen, conscient de sa méconnaissance de la subtilité des codes sociaux en Chine, sera naturellement plus attentif aux spécificités chinoises qu’à celles des européens. Or, par ce souci excessif de ne pas froisser les participants chinois, le facilitateur risque rapidement de faire sentir au groupe son déséquilibre d’attention vis-à-vis des différentes nationalités présentes.

 

2. La lecture inégale de la communication non verbale des différents membres d’un groupe multiculturel.

Dans notre exemple, le facilitateur européen sera plus à l’aise pour capter et mesurer la signification de la communication non verbale des autres européens, qui bien que de  nationalités différentes, partagent des codes sociaux assez proches. Il le sera beaucoup moins avec les Chinois. Cela risque d’ailleurs de donner le sentiment au  facilitateur qu’il ne comprend pas ce qui se passe dans la tête de ce groupe culturel (réellement satisfait ou poli ? hésitant ou agenda caché ? etc.). Dans un tel état de confusion intérieure, comment maintenir une posture d’accueil ancrée, sereine et confiante ?

 

3. L’attention trop grande accordée aux mots.

La méconaissance des codes sociaux, les barrières de la langue, tout semble réuni pour donner aux mots plus de poids qu’ils n’en méritent. Erreur ! L’expérience nous démontre chaque jour combien derrière chaque mot se cache une multitude d’interprétations possibles. Quand, pour les uns, s’exprimer dans une langue étrangère est difficile, pour les autres, comprendre ces interventions peut exiger des efforts d’attention souvent épuisants. Observant cela, le facilitateur peut céder à la tentation d’abréger les efforts de reformulation pour passer à l’étape suivante. L’appel au traducteur ne résoud pas tout. Les temps de traduction, d’échanges en langue locale, et généralement la très courte restitution affectent à la fois le rythme et la confiance

 

Mais alors que faire ? 3 propositions :

Lawrence Philbrook, un des fondateurs de l’IAF, grand promoteur des approches de facilitation en Asie, m’expliquait lors de son dernier passage à Paris, qu’il adorait faciliter en Chine. Pourquoi ? Ne parlant pas un seul mot de chinois, il n’a d’autres choix que de faire entièrement confiance au process qu’il conduit. Et cela marche ! Trust the process!

Il serait naturellement plus sage de choisir un process qui ait déjà fait ses preuves et que vous ayez déjà expérimenté. La nouveauté dans un tel contexte peut s’avérer périlleuse.

 

Autre piste, faire appel à la représentation visuelle. Bienvenue dans le monde de la facilitation graphique ! La représentation graphique, en proposant un langage commun à tous les participants, peut grandement contribuer à éviter les écueils évoqués ci-dessus. Pour passer à l’acte, Roberta Faulhaber propose une première formation sur le langage visuel et une seconde sur l’usage de modèles graphiques.

 

Dernière piste, être tout à fait conscient des traits spécifiques à chacun des groupes culturels : leurs inclinaisons naturelles, leurs motivations, leurs rapports au changement, leurs modes d’action préférés. Impossible de savoir tout cela ? Pas tout à fait si nous avons l’humilité de nous appuyer sur les sagesses anciennes. Nous pouvons en effet déceler chez chaque individu et chaque groupe de personnes des tendances qui suivent quelques grands archétypes universels. Cette connaissance peut s’avérer d’une très grande aide, tant pour choisir son processus que pour comprendre les dynamiques en cours. C’est d’ailleurs l’objet de la formation «Développer son style de facilitation», durant laquelle je montre comment utiliser cette sagesse pour adapter son style de facilitation.

 

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